Eugène RAMBERT (1830 - 1886)

 

Historien, professeur, conteur et poète, cet enfant de Montreux, né dans la vénérable Maison Visinand, se destina d'abord à la théologie et obtint sa licence à la nouvelle faculté libre Il complète sa formation littéraire à Paris ( thèse sur Mme de Staél )~ Paris. A 24 ans, il se voit confier la chaire de littérature française à l'Académie de Lausannell professe "que toute science doit commencer par le doute méthodique". En 1860, c'est la toute nouvelle Ecole polytechnique de Zurich. qui l'appelle comme professeur. Il se lie d'amitié avec Gottfried Keller, qu'il traduit, et veut être, à la suite du Doyen Bridel, un trait d'union entre Confédérés alémaniques et romands. Ses intérêts sont nombreux. Il est critique d'art et de littérature, historien, naturaliste, observateur perspicace de la montagne et de ses habitants... En témoin attentif, il relate l'essor touristique de sa contrée et la fièvre bâtisseuse de cette période... Montagnard de la section des Diablerets (Lausanne), il préside le Club alpin suisse de 1882 à 1884

Parmi ses ouvrages, les six volumes des "Alpes suisses" entremêlent avec un peu de didactisme observations scientifiques, récits d'ascensions, de chasse aux chamois, mais aussi de flâneries, poèmes.et nouvelles charmantes, comme "Le chevrier de Praz- de-Fort", qu'évoque le monument élevé à sa mémoire, près du temple de Clarens. C'est l'homme tout entier qui s'exprime regard, pensée, main, rêve.

Dans son "Journal d'un neutre", publié en 1871, il assigne à la Suisse un devoir politique: défendre la démocratie et mettre la neutralité au service de l'Europe. Il préconise déjà, en cas de conflit impliquant la Suisse, la création d'une forteresse centrale, exactement l'dée du "réduit national" adopté peu avant 1939.

Rambert est encore l'auteur des biographies d'Alexandre Vinet, de Juste Olivier et du peintre des Alpes Alexandre Calame.

Enfin de 1881 à sa mort, Rambert revint enseigner à Lausanne. Durant cinq ans encore, il mitt toutes ses forces à défendre un français exigeant, fustigeant l'à-peu-près de ses compatriotes et trouvant toujours son inspiration dans le terreau national suisse.

 

TEXTE tiré de son livre Montreux (1877)

"Pour quiconque a connu l'ancien Montreux, le changement le plus frappant est dans le costume. C'était un plaisir de voir, le dimanche, les longues files de paysans suivre les sentiers qui mènent à l'église. Les hommes portaient un habit à coupe rustique, un veston à pans étroits. Quelques vieillards en étaient encore à la culotte et aux souliers à boucles. Toutes les femmes, sans exception, avaient ce qu'on appelle le costume de Montreux. Il s'en est allé pièce à pièce. Les manches et le corsage, avec le mouchoir, ont disparu tout d'abord. La coiffe, aux larges dentelles tombantes, Si flatteuses, a fait place àde vulgaires bonnets

La mode moderne et son fade cosmopolitisme ont juré d'exterminer tout ce qu'il y avait sur la surface de la terre d'originalité gracieuse et de physionomie locale. Oh ! Si les jolies filles de Montreux avaient un peu plus de coquetterie

La société d'embellissement ne devrait pas se borner à établir des chemins (comme celui des Gorges du chauderon) et des bancs elle devrait encore se constituer la gardienne de l'une des principales sources de richesse du pays: SA BEAUTE. Quand un pays vit de sa beauté, il faut qu'il la respecte mais si personne ne s'occupe de la faire respecter, on peut être assuré que les calculs de l'intérêt ou les entreprises de l'ignorance lui feront subir plus d'un échec. Si la société d'embellissement avait existé dans le temps, peut-être eût-elle sauvé Chillon, en obtenant un tunnel au lieu de la triste coupure qui a défiguré le paysage.

 

Le collège Rambert et ses deux extensions