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L'eau courante à Pompéi

 


Sommaire de la page

 

De la source à la ville : l'aqueduc

A Pompéi même

Les fontaines publiques

Les bâtiments publics (thermes, palestres, etc.)

Les particuliers (riches et entreprises)

Le réseau de canalisations urbaines

Les siphons

Les robinets

Tuyaux calibrés


 

De la source à la ville: l'aqueduc

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Les Romains, grand consommateurs d'eau, devaient, pour approvisionner leur villes, construire d'importantes canalisations qui amenaient l'eau des montagnes. Ces canalisations s'appellent "aqueducs", du latin aqua, eau, et ducere, conduire.

Des ingénieurs planifiaient pour un aqueduc le trajet le plus régulier possible dans sa pente, en tâchant d'avoir recours le moins possible à des ouvrages d'art (ponts, tunnels, etc.). Ils préféraient détourner le cours de l'aqueduc plutôt que de construire un pont gigantesque. En outre, ils utilisaient fréquemment des canaux en maçonnerie à ciel ouvert (specus), qui étaient d'entretien facile; mais les pertes d'eau étaient grandes (paysans qui viennent s'approvisionner sans autorisation, animaux qui viennent y boire, etc.). C'est pourquoi on les recouvrit ensuite de dalles.

Au bout de l'aqueduc, on plaçait des bassins de décantation et des filtres pour obtenir une eau si ce n'est potable (selon nos critères), du moins claire. De grandes citernes permettaient de réguler le débit de l'eau.

L'aqueduc de Sérino, construit à l'époque d'Auguste (fin du premier siècle avant J.-C.), alimentait à la fois Naples, Misène et Pompéi (voir la carte de la baie de Naples).

 

A Pompéi même

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A l'entrée de la ville, un château d'eau (castellum) répartissait l'eau de l'aqueduc en trois parties:

Il y avait donc trois systèmes de distribution d'eau, dont le débit était contrôlable dans le castellum au moyen de robinets. Ensuite, l'eau était conduite par des tuyaux en plomb (fistulae), en bois ou en poterie (tubuli). L'avantage du plomb est qu'il est malléable: des coudes sont facilement envisageables. Cependant, le plomb est cher. Mais les tuyaux en bois sont rigides, donc non coudables, et les tuyaux en terre cuite ne supportent que peu la pression.

 

Les fontaines publiques

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Tout le monde ne pouvait s'offrir sa conduite d'eau privée. Ainsi, la ville possède un réseau de fontaines (lacus) où les gens pouvaient s'approvisionner en eau. A Pompéi, le réseau est si dense que chaque habitant se trouvait à moins de 40 mètres d'une fontaine. Ces fontaines, souvent décorées par des bas-reliefs, servaient aussi à se repérer dans la ville.

 

La rue de l'Abondance a reçu son nom du bas-relief ornant le pilastre (salientes) de l'une de ses fontaines: une personnification de l'Abondance, une corne d'abondance à la main.

 

Cependant, le réseau de distribution d'eau fut coupé suite au tremblement de terre de 62; on eut alors à nouveau recours aux anciens systèmes des compluvium, impluvium et citernes souterraines pour s'approvisionner en eau.

 

Fontaine telle que représentée dans le jeu. Le pilastre se dresse à l'arrière du bassin recouvert de mousse. Il manque sur la reconstitution les gros blocs de pierre destinés à protéger le bassin des chocs des roues de chars (un à chaque flanc de la fontaine, voir sur l'image de la fontaine de la rue de l'Abondance, plus haut).

 

Ces sources d'eau courante ne servaient pas qu'à la consommation: tout le surplus se déversait dans les rues, les nettoyant ainsi de toutes les immondices qui s'y accumulaient. Car Pompéi, qui s'était déjà offert l'eau courante, n'avait pas l'argent pour construire encore des égouts partout dans la ville (à ma connaissance, le système d'égouts de Pompéi n'a pas encore été bien étudié, mais peut-être que des recherches plus approfondies montreront qu'un réseau d'égout existait); seul le forum en était équipé. Les gens devaient donc se déplacer sur les trottoirs et traverser la rue sur de gros blocs de pierre, sortes de passages cloutés, pour éviter de passer dans la gadoue.

 

Même dans les petites ruelles, les piétons devaient utiliser des passages cloutés pour passer d'un trottoir à l'autre sans avoir à marcher dans la fange des rues.

 

Les bâtiments publics (thermes, palestres, etc.)

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Les thermes - trois édifices à Pompéi - s'alimentaient grâce à l'aqueduc en eau froide. L'eau était ensuite chauffée dans de grandes chaudières en plomb dont le fond en contact avec le feu était en bronze.

Les palestres qui offraient une piscine (natatio) avaient aussi besoin d'eau. Les Romains connaissaient déjà le recyclage: dans la grande palestre, l'eau usagée de la piscine était ensuite réemployée dans les latrines (foricae) toutes proches.

Comme l'eau courante à la maison n'était pas de mise, plusieurs bâtiments de toilettes publiques (latrines ou foricae) furent construits. L'eau y coulait en permanence, ce qui permettait d'avoir une certaine hygiène. Les boues qui ressortaient, une fois séchées, servaient à fumer les champs.

 

Latrines d'Ostie (port de Rome): l'eau circulait sous les sièges percés. Une éponge au bout d'un long bâton servait de papier hygiénique.

Remarquez les murs en opus reticulatus (littéralement: "ouvrage en petit filet"). Les carrés visibles sur le mur du fond sont en fait les bases carrées de pierres taillées en forme de pyramides.

 

Les particuliers (riches et entreprises)

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Peu d'habitants ont, à Pompéi, leur amenée d'eau particulière. En effet, cela devait coûter fort cher, même pour les gens aisés. De plus, le réseau de fontaines publiques [voir plus haut] étaient suffisamment dense. On peut néanmoins voir un bassin dans la maison du Cithariste et un euripe (canal décoratif) dans la maison de Loreius Tiburtinus: les propriétaires de ces deux maisons étaient sans doute fort riches.

Par contre, de nombreuses entreprises avaient recours au réseau public: particulièrement les foulons (fullones) et les tanneurs. Les uns utilisaient l'eau additionnée de cendres ou d'urine (mêmes principes actifs que le savon) pour traiter la laine et les étoffes en les foulant aux pieds dans de grandes cuves; les autres pour tanner le cuir.

 

Le réseau de canalisations urbaines

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Les siphons

A Pompéi, la forte dénivellation (32 mètres) entre les points extrêmes du réseau accroît considérablement la pression de l'eau dans les tuyaux (une colonne d'eau de 10 mètres donne 1 bar de pression), ce qui ferait éclater les tuyaux en plomb assez fragiles. Pour remédier à cet inconvénient, les ingénieurs ont inventé un système de siphons qui diminue la pression de l'eau au fur et à mesure de sa descente. Ces siphons sont formés par des réservoirs de plomb supportés par des colonnes; l'eau monte la colonne, passe par le récipient, et descend à nouveau sous le trottoir, avec une pression plus faible.

 

Siphon. L'eau arrive par le tuyau de gauche, monte le long de la colonne, et remplit le réservoir en plomb. Elle descend alors de l'autre côté de la colonne, avec une pression (plus faible qu'avant) donnée par la hauteur h de la colonne.

Remarquez que les tuyaux en plomb sont profondément enterrés sous le trottoir (environ 80 centimètres), ce qui permet à l'eau de garder toute sa fraîcheur.

 

Les robinets

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Grâce à des robinets, on peut réguler le débit de l'eau, ou, en cas d'incendie, dévier tout le courant en un endroit précis de la ville. De plus, chaque fontaine, chaque siphon a son robinet, ce qui permet d'arrêter l'eau et de pouvoir facilement réparer les pièces défectueuses.

Un robinet est composé de deux parties: la partie inférieure (noix et boisseau), destinée à régler le débit, et la clef, poignée servant à tourner le boisseau. Cette clef avait souvent la forme d'un animal, d'où le nom français de robinet, qui vient de "robinet", petit mouton. Il en est de même en allemand et en anglais où "der Hahn" et "the cock" veulent à la fois dire "le coq" et "le robinet".

Robinets au pied d'une fontaine. Pour les ouvrir et les fermer, le préposé à l'eau utilisait une clef carrée.
Les conduites sont en plomb, les robinets en bronze.
[Photo tirée du jeu]

 

Les tuyaux calibrés

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L'administration romaine contrôlait tout ce qu'elle pouvait. De même que l'on pouvait connaître la provenance des blocs de marbres, des amphores, des tuyaux, et de toutes sortes d'autres produits grâce à des estampilles (marque de fabrication, avec, souvent, la mention d'un homme politique important - consul ou empereur -, ce qui permet aujourd'hui de connaître la date de fabrication), de même la quantité d'eau qui s'écoulait dans les aqueducs était contrôlée depuis la source jusqu'à son arrivée. Souvent, la somme des quantités d'eau distribuées était beaucoup plus faible que ce que l'on pouvait mesurer au départ: soit des fraudeurs avaient détourné de l'eau à leur profit, soit l'étanchéité du revêtement en maçonnerie de l'aqueduc n'était pas parfaite...

Pour connaître les quantités d'eau qui passaient dans les tuyaux, les Romains avaient recours au système des tuyaux calibrés: plus le diamètre du tuyau est grand, plus il laisse passer d'eau. Le système n'était pas complètement fiable, car le débit dépend de la pression. Mais ainsi, les édiles (magistrats chargés des travaux publics) pouvaient déjà protéger l'eau publique des fraudeurs.

 

Pour plus d'informations, lire l'excellent livre de M. Alain Malissard, Les Romains et l'eau (voir la bibliographie).


 

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A. d. VII Idus Augustos anno MMI hanc paginam A. Lugrinus fecit.